Ma grand-mère de 82 ans m’a appelé hier. Elle voulait commander ses médicaments en ligne mais le site de la pharmacie lui demandait un « double authentificateur ». Vingt minutes au téléphone pour lui expliquer. Et elle fait partie des seniors qui utilisent un smartphone depuis 2019 – contrairement à moi qui regarde encore des séries animées cultes de mon enfance.
L’inclusion digitale, on en parle beaucoup mais concrètement, ça avance comment ? Entre les initiatives qui se multiplient et les réalités du terrain, le gap reste énorme. Même certains jeunes galèrent avec les démarches administratives en ligne (si si, j’en connais). D’ailleurs, c’est marrant comme même des plateformes de divertissement comme Casino Night proposent maintenant des interfaces simplifiées pour toucher un public plus large.
Les digital natives, cette grosse blague
Alors celle-là, elle me fait doucement rigoler. L’idée que tous les jeunes maîtrisent le numérique parce qu’ils sont nés avec.
Mon neveu de 19 ans ? Champion toutes catégories sur TikTok, incapable de formater un document Word correctement. Sa copine ? Elle scroll Instagram 4 heures par jour mais ne sait pas envoyer une pièce jointe par mail.
Le truc c’est que savoir utiliser des apps de divertissement, c’est pas la même chose que maîtriser les outils numériques pour bosser ou faire ses démarches. Les chiffres récents montrent que plein de jeunes se retrouvent largués quand il faut :
- Remplir leur déclaration d’impôts en ligne
- Gérer leurs droits CAF
- Créer un CV numérique potable
- Comprendre les bases de la cybersécurité
Franchement, on devrait arrêter avec ce mythe.
Des initiatives qui bougent (enfin)
Le satellite à la rescousse
Au Sénégal, ils viennent de connecter Bignona au haut débit satellitaire. Une ville entière qui passe du quasi-néant à la fibre de l’espace. Pas mal.
L’État sénégalais accélère vraiment sur le sujet. Ils ont compris qu’attendre le déploiement de la fibre terrestre partout, c’était mort. Du coup, satellite direct. Les habitants peuvent maintenant accéder aux services publics en ligne, suivre des formations à distance, lancer des business…
C’est ça le vrai game changer : pas besoin d’infrastructures lourdes.

Madagascar mise gros
664 000 appareils connectés subventionnés. Oui, vous avez bien lu.
Madagascar a décidé de frapper fort. Plutôt que de former les gens sur des ordis qu’ils n’ont pas, ils distribuent directement le matos. Tablettes, smartphones basiques, laptops d’entrée de gamme… L’idée est simple : d’abord équiper, ensuite former.
Je trouve l’approche intéressante. Combien de formations numériques tombent à l’eau parce que les participants n’ont pas d’appareil pour pratiquer chez eux ?
Les vieux, pas si largués que ça
Un truc qui m’a surpris récemment : huit résidences intergénérationnelles qui mettent en place des parcours d’inclusion numérique. Mais pas des trucs basiques genre « voici comment allumer un ordinateur ».
Non, ils proposent des parcours personnalisés. Genre Mme Martin veut parler à ses petits-enfants au Canada ? On lui apprend WhatsApp vidéo. M. Dupont veut gérer ses comptes ? Formation banque en ligne.
Le secret ? Partir des besoins réels des gens. Pas leur imposer un programme tout fait.
Les résidents s’entraident aussi entre eux. Les plus à l’aise deviennent tuteurs pour les autres. Résultat : ça crée du lien social en plus de réduire la fracture numérique.
Paris veut tout révolutionner (comme d’hab)
La capitale française, elle, voit les choses en grand. Numérique sobre, démocratique et inclusif. Rien que ça.
Concrètement ça veut dire quoi ? Des espaces publics numériques dans chaque arrondissement, des médiateurs qui se déplacent, des ateliers gratuits… Mais aussi une réflexion sur l’accessibilité des sites publics. Parce que bon, si ton site municipal ressemble à un labyrinthe, même les geeks vont galérer.
Perso je reste sceptique sur la partie « sobre ». Comment tu fais du numérique sobre quand tout pousse à la surconsommation de data ?
Les vraies galères du quotidien
Au-delà des grandes annonces, y’a les trucs du quotidien qui coincent :
- Les sites gouvernementaux toujours aussi nuls (France Connect qui bug, anyone?)
- Les mots de passe à rallonge qu’on doit changer tous les 3 mois
- Les interfaces qui changent sans arrêt
- Le jargon technique partout
Ma mère a voulu prendre rendez-vous chez l’ophtalmo en ligne. 15 minutes pour créer un compte, vérifier son mail, rentrer 36 infos… Au final elle a appelé. Plus rapide.
Ce qui marche vraiment
L’approche pragmatique
Les initiatives qui cartonnent ont toutes un point commun : elles partent du terrain. Pas de grandes théories, juste des solutions concrètes.
Genre ces bibliothèques qui proposent des permanences numériques. Tu viens avec ton problème, on t’aide. Point. Pas de cours magistral sur l’histoire d’Internet.
Le facteur humain
La tech c’est bien, mais sans accompagnement humain, ça sert à rien.
Les meilleurs projets d’inclusion ont tous des médiateurs, des accompagnateurs, des gens qui prennent le temps d’expliquer. Parce que lâcher quelqu’un devant un écran en lui disant « c’est intuitif », ça marche pas.
Et maintenant ?
L’inclusion digitale en 2026, c’est un peu comme le chantier de Notre-Dame. On avance, mais c’est long.
Les initiatives se multiplient, c’est cool. Mais tant qu’on aura des interfaces pourries et des services publics qui demandent un bac+5 en informatique pour renouveler sa carte d’identité, on sera pas sortis.
Le vrai défi ? Arrêter de penser que tout le monde doit devenir un geek. Juste rendre le numérique accessible et utile pour tous. Ma grand-mère veut commander ses médocs, pas coder en Python.
Simple en théorie. Compliqué en pratique.
