Il est 21h47, la vaisselle du dîner traîne encore dans l’évier, ma chatte ronronne sur le canapé comme si elle avait bossé toute la semaine (elle non), et moi j’ai le portable posé en équilibre sur les genoux avec un verre de rouge à côté. C’est ça, mon vendredi soir depuis presque un an. Rien d’extraordinaire vu de l’extérieur, mais franchement, c’est devenu un truc auquel je tiens plus que je ne veux l’admettre.
Le truc, c’est que je ne suis pas quelqu’un qui joue beaucoup. Enfin, pas au sens où on l’entend d’habitude. Je ne mise pas des sommes folles, je ne cours pas après je ne sais quel gros lot, et si vous me demandez combien j’ai gagné en cumulé sur l’année, ben je saurai même pas vous répondre précisément (probablement pas grand-chose, soyons honnêtes, mais pas perdu non plus grand-chose, ce qui est déjà pas mal). Ce que je viens chercher là-dedans, c’est autre chose. C’est le moment. C’est fermer l’ordi du taf le vendredi à 18h et de savoir qu’entre ce moment-là et le lundi matin, il y a tout un espace qui m’appartient.
J’ai commencé un peu par hasard. Une soirée où j’étais crevée, où sortir m’aurait demandé une énergie que je n’avais plus, et où en même temps traîner devant Netflix ne me disait rien (parce que oui, il y a des soirs où même Netflix ça devient un effort, c’est dire). Une amie m’avait parlé d’une plateforme qu’elle utilisait de temps en temps, sans en faire des tonnes, juste en mode « tiens, essaie si tu veux ». Elle m’avait envoyé le lien de Brutal Casino, et honnêtement si vous voulez jeter un œil c’est par là, ça vaut ce que ça vaut mais moi j’y suis restée.
Ce qui m’a plu au début, c’est bête, mais c’est l’ergonomie du truc. J’avais peur de tomber sur une interface flashy qui clignote de partout, avec des pop-ups toutes les deux secondes et des sons de ferraille qui te font sauter de ton siège. Ben pas du tout. C’est plutôt propre, ça se navigue bien, et surtout je peux couper le son sans avoir l’impression de rater quelque chose. Détail idiot, mais pour quelqu’un qui joue tard le soir avec le voisin qui bosse tôt le lendemain, ça compte.
Bon, revenons au rituel en lui-même, parce que c’est ça le vrai sujet.
Le vendredi, donc. J’ai pris l’habitude de me faire un vrai dîner ce soir-là. Pas un truc à réchauffer entre deux mails, non, un truc où je sors la planche à découper et où je fais de la vraie cuisine. Un risotto, des pâtes fraîches, un curry, ce qui me passe par la tête. Puis je débarrasse. Puis je m’installe. Le portable, le verre, la couverture même en été parce que j’ai toujours froid aux pieds. Et là je joue une heure, deux max. Jamais plus. C’est un truc que je me suis fixé au début parce que je me méfiais un peu de moi (on a tous entendu des histoires sur les grands opérateurs de jeux en ligne, hein), et finalement j’ai jamais eu envie de dépasser. C’est comme un épisode de série : tu regardes, tu profites, tu éteins.
Ce que j’aime dans ce moment, c’est qu’il n’y a rien à prouver. Personne à impressionner. Pas de scroll infini qui te fait culpabiliser au bout de vingt minutes parce que tu as « perdu ton temps ». Je choisis un ou deux jeux que je connais bien, je varie parfois pour tester des nouveautés, et voilà. Ça fait travailler un petit truc dans la tête, un genre d’attention légère, sans que ça devienne prise de tête. Perso, je trouve que c’est un des rares trucs qui me sort vraiment du mode boulot sans me demander d’effort en retour.
Ma sœur, à qui j’en ai parlé un jour, m’a regardée avec un sourire en coin genre « toi ? sérieux ? ». Et je comprends la réaction. Dit comme ça, ça sonne bizarre. Mais elle a fini par comprendre quand je lui ai expliqué que c’était pas l’argent le sujet, que c’était le cadre. Comme certains font du yoga le dimanche matin ou vont courir le mardi à la même heure. Le rituel, c’est ce qui structure la semaine. Sans ça, tout devient une bouillie de jours qui se ressemblent.
Est-ce que je recommanderais à tout le monde de faire pareil ? Non, clairement pas. Il y a des gens pour qui ce genre de plateforme n’est pas une bonne idée, et je pense qu’il faut être honnête avec soi-même là-dessus avant de se lancer. Moi je sais que je peux fermer l’onglet à 23h et aller dormir sans y repenser jusqu’au vendredi suivant. Si c’était pas le cas, j’arrêterais.
Mais tel que c’est, aujourd’hui, ça fait partie de ma semaine au même titre que le café du matin ou la balade du dimanche. Un petit truc à moi. Qui ne regarde personne. Et qui me fait du bien.
La semaine dernière, j’ai réalisé que j’attendais le vendredi soir pas pour « gagner » quoi que ce soit, mais juste pour retrouver ce moment. Et je crois que c’est là qu’on sait qu’un rituel est vraiment devenu un rituel.
